III.

Esche. Le grand-père venait de la campagne, alors Esche. L’enfant, chétif urbain défait, n’avait aucune similitude avec l’arbre qui avait détruit le toit de l’ancienne scierie ; peut-être avait-on trouvé une excuse à partir des racines ostensibles et enflées, étranges excroissances mousseuses par trop de raisons supérieures au fer, au cuivre et aux aigus métalliques que les soirs de grand vent faisaient tinter encore, devenus le mal ancien de la vallée. Peut-être était-ce l’irisé vendémiaire des feuilles une fois au sol, lentement décomposées, ou plutôt celui du cidre fermenté depuis l’exsudat et le miellat de l’Arbre du Monde — comment l’appelait-on, déjà, la rosée du ciel ? Peut-être étaient-ce les reflets colorés du verre humide posé sur le comptoir du bar, éclairé à demi par l’ampoule grelottante et le flou de l’heure tardive ; toujours est-il que le puceron d’Heinrich, le rêveur de Tancrède et l’impossible citadin de Dieter, par syncrétisme, avaient été baptisés, sous l’autorité du verbe tchèque et trébuchant du plus ancien, Esche. Un honneur. Plus appréciable que la gifle honteuse du réel, ni grecque ni perse. Rafael. Sa grimace n’est pas plus humaine que l’affront.

L’encre rouge coule le long de la plume qu’il n’a pas levée, le rouge des baies que Heinrich chiquait, ou faisait semblant, lorsqu’il manquait de tabac au comptoir ; le rouge des lèvres de Ruth, une fois les vacances terminées, « komm her » et il venait, les mains tordues dans les poches encore pleines de cailloux et de millepertuis fanés qu’elle vidait avant de monter dans la voiture, « das ist Schwachsinn, » un soupir de théâtre, seulement lorsqu’elle sentait à travers le ciré que le tronc d’Esche n’était pas aussi creux que sa tête. Raphael attendrait, la feuille écornée ; Mila attendrait, Keith attendrait, Caitlin attendrait, Rose et la vingtaine d’autres attendraient ; des images, pour une fois, des images de silence trempé, le grain très fin du papier repu du rouge des baies. La plume se lève. Ce n’était pas le rouge de ses lèvres.
Ruth peignait sa bouche avec une crème montée en neige. Elle la sortait de son sac à main, sortait un pinceau propre, quittait la table avec force civilité et étouffait le claquement de ses talons sous la porte des sanitaires du restaurant ; Manfred respirait le silence à nouveau. Le temps de quelques lents battements de cils, il étudiait l’enfant face à lui, les joues déformées par les mains et les coudes maîtres de la table, ennuyés à mourir. Ils creusaient ensemble des douves et des châteaux de purée ; puis Ruth revenait et sifflait ses sarcasmes au verre de vin qu’elle embrassait. C’était là-bas, le rouge exact, et il était bien rare hors de cette académie : le gueules, le cèdre, le feu et l’airain, un trois d’été colérique, viril et vaillant, reflet des vignes comme des mouroirs à esclaves, blason furieux mais noble, le chant des contremaîtres, une vouivre, parfois injuste mais honnête, honnête comme l’était dans les rides de son front l’amour que Dieu lui portait. C’était ce rouge qui baisait sa joue dans les bonnes heures, sans laisser de traces, les blancs mousseux des gâteaux qu’ils faisaient à deux — Ruth n’avait pas la force de battre en neige et Manfred la gardait des engelures. Un frisson ; ses dents se serrent autour du bouchon de la plume. Il a monté le chauffage, de cela il est certain — le tabac, alors, c’est forcément le tabac. Il tend le bras vers le pied du fauteuil (les feuilles qu’il tenait dans sa main, où sont-elles ?) et ses pattes d’amblypyge trouvent le paquet de l’aube, miraculeux rescapé de la journée ; elles trouvent également sur la table à droite les feuilles, la pipe, le thé capiteux et les allumettes ; que voilà son cœur rassuré.

La Trabant 601 s’enfonçait dans la campagne grise, brune et sinople de Saxe ; la route s’était construite à son image, longue, longue, idéale pour la lecture si seulement le ciel n’avait pas été si sombre ; « wir werden Großvater sehen, » rassurait les habits de sable et de deuil, les larges mains adroites au volant mais les fossettes tristes dans le rétroviseur, triste de ne savoir lui faire décroiser les bras, l’air renfrogné et perdu dans la forêt. Ruth claquait la langue de désapprobation, le silence. Manfred savait allumer son cigare sans quitter la route des yeux. Esche ondule entre l’allumette, la cigarette, la plume, et toutes passent sans ordre par ses lèvres. Ce n’était même pas son grand-père, juste le vieux du village. Ruth rentrait à Berlin et leur laissait la voiture.
Peut-être s’agissait-il seulement d’une synecdoque, d’une partie pour le tout ; Esche, jeune, jeune lecteur de Rilke et de Perrault étourdi, dans l’arbre de la scierie. Une branche. Un bout d’écorce qui se jetait du plus haut point qu’il atteignait comme il se jetterait, mais plus tard, de la Trabant lorsqu’il faudrait se rendre chez le psychologue ; « Kiesel in seinen Taschen, » selon Ruth ; le problème venait surtout de l’ennui. Il revenait de vacances couvert des sales écorchures des vivants, du rouge de la neige, l’écharpe imbibée des parfums de tabac froid et de bois mort, la voix accentuée des expressions de Dieter quatre-doigts de bûcheron et de son jus de poire, alourdi de l’humilité de Manfred et de regrets de longue date du cœur coupé. Dieter quatre-doigts n’existait plus, ni Heinrich scieur de pierre ni Tancrède bronzier fond prodigue des paris ni grand-père chômage, ni Othello Keks, ni capitale, ni désir de Freie Deutsche Jugend, ni pays, ni mur, ni arbre de la scierie. L’Ouest se gave encore des charognes de la mémoire et la sienne fatigue. Il boit le thé rapidement, renonce à finir, jette ses cendres dans la tasse. On a tronçonné l’arbre et rasé la ruine de la scierie. Il n’a pas demandé ce par quoi ils seraient remplacés. Cet instant-là, il avait eu honte. Une honte ancestrale.
C’était un fantôme de frêne.
Le temps comme la cendre qui tombe sans s’égrainer. Ils chutent tous, la ligne, et l’Europe est défigurée. Sa salive se coince dans sa gorge, Esche s’étouffe. Ailleurs dans le temps, c’est avec ce nom-là que l’on taillait la hampe de la lance, avec ce nom-là que la lance perforait la gorge ; ils abattent des murs comme on tombe l’arbre, comme les parents ennemis ; ils voient le temps tomber et ils ne lisent plus ni Rilke ni Perrault ni personne, quel hasard était-ce, par quelle fortune se trouvait-il d’être maintenant sommé de ralentir ? C’était cette poésie qu’il parlait. Il vivait la langue des fers et l’intrigue d’un siècle, l’étrange histoire de tout d’où peut venir les tranches. Ce frein est ourdi. Il aime la poésie, malgré tout il l’aime. Il y avait fui, après tout.
Après.
Parce qu’il a su comme il savait, il savait, étourdi. La respiration se calme un fois les yeux clos et le monde évanoui. Lui, peut-il trancher l’histoire ? Chute la nuit.

L’après-midi qui l’avait soustrait à la gloire d’être lui palpitant, membre fantôme, dans la cécité des poignets encore, une promesse faite à l’ongle et pourtant l’immense fissure dans les yeux crevés, le souffle coupé aussi sûrement que le séjour. Les mille mains massées, raisonnées, nouées, vaillantes, cognées, plus que jamais leurs — il faut le comprendre, mais un peu tard, comme on comprend le mazout sur les ailes engluées qui battent l’hirondelle et les paupières qui ne disent rien. Il faut comprendre. Le mur tousse sur lui.
Complément circonstanciel de tout. Chute la cendre.
On reprend les rythmes annonciateurs. L’araignée, le cuir, l’œil pers le doigt cave, profond, profond, fouille, angulairement, angulairement, angulairement le rôle, les projets sur mille ans alors qu’on en vivra soixante, le cylindre pers le métal cave tracte, tract contre mais il faut comprendre les silences du muet, le film respire, tourne, frotte, crache, râle, respire ; mieux, puis il reste assis.

Ils traversent, légers, la nuée d’une extrême minceur, sans égal dans la nature, ils passent. Purifiés des masses tombées, les bras, son corps. Le cairn près du ruisseau. Celui de la forêt, derrière la scierie, cette année gelé. Gelé et pur, le corps miroir, miroité du sable qui l’éteint. Le fleuve dans le fleuve qui passe. Le corps, oui, comme le cairn, alors chute le cairn.
Infini des yeux au fond du thé. Le pouls du vent est fertile ce soir. Le mégot coule.

La Trabant 601 perce les derniers nuages à l’Est derrière, que l’on perd au loin, au loin, l’effet de la caravelle, du dernier regard, de l’infini du fer à l’abandon, de l’industrie, de la rouille, l’odeur, la peine portés au tombeau ; la Trabant traverse l’histoire et traverse la gaze sans un sanglot. Le couinement du frein, parfois, ou sont-ce les gants de Manfred qui grincent. La lance qui saigne foule la patrie, c’est ce qu’elle dit, la patrie, mais quoi ! elle n’a rien protégé et il n’en reste rien — l’infini néant des adultes, tout au plus, ni racines ni branches, rien à construire on fauche le blé trop tôt ; il faut comprendre, il insiste et secoue les bras croisés et les genoux raides, les natifs écorchés encore brodés d’ecchymoses. Il faut comprendre les manches sable les doigts caves, l’eau, les yeux pères, pas les siens détournés ; jamais les siens, s’il faut mentir, alors jamais les siens. Il aura les sourcils froncés du rouge exact et il saura.

Plonge, comme son regard dans les décombres. Fendre l’air sans se briser, modeler le corps par le monde, le quitter pour un meilleur, un grand bruit étouffé ; le fond de l’eau. Le calme olympien d’un monde qui retient sa respiration, qui inspire un autre air. L’odieux sifflet qui rompt le silence complice — pas seul, jamais plus seul. Il nage à l’est, traîne sur l’échelle ; la prochaine, c’est certain, il oubliera d’allonger les bras et il se vautrera contre la surface, oiseau imbécile, et se rompra la nuque comme le sifflet rompt la paix.
Plonge, comme son frêle reflet dans la piscine pendant l’entraînement. La réception n’est jamais mauvaise, il est encore trop bon élève ; Ruth souffle et feint l’inquiétude pour cacher le mépris. « Das ist Schwachsinn, » « Kiesel in seinen Taschen, », quel enfant, eh ! quel enfant sinon le sien pour ouvrir la portière à cette vitesse ? Un problème, voilà, un problème, Manfred s’en contente ; il était un trop bon élève avant d’être un trop bon castrat. Esche, ses éraflures et son plâtre, froncent les sourcils. On lui prescrit du calme pour empêcher le cœur de lâcher. Enfin ! tombe, tombe sur le dos, sur le grain cuir bleu azur ignoble, cette mousse flasque mais dure, quand on veut mourir on trouve toujours de quoi ; les cervicales éparpillées, mille fragments d’étoiles explosées enfin, et leurs paires d’yeux navrées et molles, résignées comme ils se résignent à vivre dans la honte, « alles ok », qu’ils disent, « alles ok » de leurs yeux vitreux, de leurs biceps lâches et de leur langue pauvre ; dans la foi ingrate de leur peuple laid, de leur laideur, oui, il les hait, et ses bras croisés, ses bras maigres croisés sur sa poitrine protestent, et son dos aussi et ses sourcils aussi. Il aurait aimé pleurer. Il aurait aimé.

Du calme pour le cœur, ou bien ce qu’il en restait après le plongeoir, le tapis de sol, la barre fixe, le tremplin ; le calme de la magnésie, l’eau sur les barres, le couinement des maniques autour du fer et l’espoir que cinquante ans d’usine soient passés avant lui forger les agrès, que le rouge ne soit pas de rouille, que le cœur sache la nostalgie d’un temps qu’il n’a pas vécu. La vaillance du souffle battue par les craquelures de l’os et les nœuds du cartilage. La vaillance savante contre les menteurs, destin du noyé.

Au-delà de la tasse la pipe éteinte et froide qu’il prend dans sa paume fatiguée. Flambe le parfum sec, plus de cœur pour le passé simple, quelle saveur pour les copies d’élèves nommés ? — plus de cœur pour eux. Peut-être est-il temps de renoncer. Il sait son rôle bientôt désuet, il ne se laisse prendre de court par aucune autre puissance que lui, trop bon élève encore, le meilleur de tous jusqu’à ce qu’il quitte l’Allemagne et même au-delà, la France, l’Autriche, il est toujours très bon partout ; et si plus rien ne l’attend ici, l’Ecosse, pourquoi faire en premier lieu ? si plus rien ne l’attend, c’est le cas, il sait se retirer, dans les loges quitter l’habit, c’est déjà fait ; n’est-il pas sage de surcroît ? Une image.
Il rature au rythme de profondes inspirations leur passé simple imparfait. Le moment de janvier où le froid endort les quais et qu’il ne reste aux oiseaux que le pénible duvet d’hiver, piètre invitation au voyage, fait mettre en chemin l’acteur défait vers la sortie de scène et la reverdie ; pour l’instant il rature.

Mais non — il n’y a rien, c’est pourtant l’évidence : autant de ratures pour quelles raisons ? S’ils savaient, ignares imbéciles, leurs cœurs vivraient cachés et il n’aurait plus à sentir les palpitations du sang dans les veines de leurs poignets tendus sans ambition vers la feuille qu’il rendait, il n’y aurait plus rien à espérer car il n’y a plus de reverdie, ni pour eux ni pour lui ; comment leur apprendre autrement qu’à coups de poing la cruauté de la chute de nations, la perte de la langue natale ? Il raye le manque absurde comme on tronçonne le frêne de la scierie ; et s’il partait, admettons, quelle différence ? Quelle France, quelle Allemagne voit naître le printemps ? Il peut partir, il le peut encore, et peu importe le port tant qu’il y parvient, admettons, et quels renouveaux pour l’aventurier sinon les mêmes ignorants, les mêmes ratures sur les mêmes passés simples, troisième personne du singulier en a accent circonflexe t ? Eh quoi ! cela ne semble-t-il pas vain ? Reste-t-il le moindre sens au voyage d’Ulysse si celui-ci n’est qu’un homme déraciné ? Et leurs erreurs, leurs infinies et insatiables erreurs, immanquable purin que l’alchimiste ne sait transformer en or ; « il cousut », bien sûr, lui cousidrait volontiers la conjugaison des irréguliers à même la chair des incapables, tapisseries médiévales, et puis dépècerait-il les vivants pour coudire les peaux entre elles, le fabuleux projet ; mais qu’est-ce que ce héros ? Ulysse, Ptolémée ou Docteur, il est nu dans un fauteuil à insulter Raphael dans l’encart réservé à l’appréciation ; il est une hirondelle morte écrasée sous un mur.

Au moins ne ment-il pas. La trop grande bouffée de fumée qu’il tire entraîne la toux et, à tâtons, il fouille son ventre jusqu’à trouver l’air. L’encre coule de la plume jusqu’au doigt, vient teinter la tige chaude que les lèvres épousent désespérément. Au moins ne ment-il pas.
Il se souvient du dégoût d’être conscrit dans un pays qui n’est pas le sien. Il servira, oui, il servira, il est toujours sage… Il servira comme orphelin mais il servira. Il étouffait tous les jours, à l’époque. Les mensonges en travers de la gorge, semble-t-il. Pourquoi pense-t-il à cela… ? Sa naïveté ne cesse de confier sa tête à l’ennemi.
Inspire, la nuque lâche. La cloison siffle contre le dossier. Que cela provienne de dehors ou dedans, quelle importance ; il brasse de l’air sans reprendre de couleurs. Pourquoi est-il là, au final ? Ici ou ailleurs, autrement, peut-être, même s’il n’est indispensable en rien, on envisage… malgré la nature excessive, les hésitations, les contraintes, l’impatience, l’agacement perpétuel, les mœurs, l’erreur… il faudra la reconnaître, oui, l’erreur, mais laquelle ? Laquelle en premier. Bien sûr. Peut-être s’agit-il de son idiote décision de poursuites d’études ? Il voulait y rester, il n’a jamais su s’occuper seul ; il lisait, alors, il lisait sans cesse, cela semblait tout trouvé, la belle génétique… ah ! voilà donc à quoi ressemble le stade terminal de l’inadapté… Ou bien est-ce le manque cruel d’empathie, la pierre brute dans la gorge grelottante à l’idée du pardon, elle qui n’a jamais su voir la foi très chrétienne dans les noms de code. Depuis quand a-t-il quitté Berlin, déjà… ? Il attend, l’œil ouvert sur la lucarne sombre, le temps a bien tourné ; lui tourne la tête, l’oreille posée dans le trouble du tabac encore chaud et du gaz, modeste soupir en-dehors… le quoi ?

Soudain s’ébattent les plumes, volent feuilles noircies et brûlées le désordre ; la lumière, pas de lumière, le goût de rouille dans la bouche, il se mord la lèvre au sang, mais plus tard, cela, plus tard ; le mur, le mur de plein fouet comme le meuble de l’entrée, la main râpée contre le crépi, une location bien sûr, jamais de crépi, jamais de mur non plus ; et les mains tièdes fondent sur le réchaud, la cloison déviée inspire, tous les efforts du ciel et de la terre, inspire, inspire, inspire, rien. Rien. La cloison siffle, cela vient bien de lui. Ses yeux en rougirent de honte.
Bien sûr les boutons, bien sûr ; et il les fait cliqueter de rage pour ne pas cogner les couteaux. Bien sûr, et il s’en retourne ; un pas un seul il boite et cabotine, ça ne marche pas. Ca ne marche pas.
Il faut plusieurs minutes pour que l’aiguë et la pointe s’estompent, ne laissent derrière elles que la trace abyssale, lancinante et sagace de ce qui est intimement odieux. Les mains retrouvent le sol, les mains qui touchent, accablées, ultime recours puisqu’il n’y a pas de magie dans les baisers ; mensonges que tout cela. Les mains qui touchent n’y peuvent rien. Les mains froisseraient le sol s’il n’était pas si dur avec lui-même. La pomme est une pierre et elle l’égorge. Quelques palpitations de cils plus tard, il semble retrouver la vue. Un instant et il est habillé. Quoi de mieux que la nuit noire pour constater le temps qu’il ne vit plus ?
Les mains exténuées sur les clefs malcommodes. Il n’encombre rien de son épineuse situation. Grotesque, le manteau usé sur ses épaules déséquilibrées ; harassante épopée vers le cuir et sa dignité.
Il sort de l’appartement sans fermer la porte.

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